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retourna avec un sourire méprisant et dit à Groutchnitski assez durement :

— Tu es un sot ! Tu ne comprends rien ! allons messieurs !

Un étroit sentier gravissait la pente au milieu des broussailles. Des éclats de roche formaient un escalier peu solide, assez semblable à une échelle naturelle. En nous accrochant aux racines nous parvînmes à grimper. Groutchnitski marchait devant, derrière lui ses seconds et puis le docteur et moi.

—Je vous admire, me dit le docteur en me serrant fortement la main : Laissez-moi vous tâter le pouls ? vous avez la fièvre !… mais sur votre visage rien ne paraît, seulement vos yeux brillent plus ardemment qu’à l’ordinaire.

Tout à coup de petites pierres roulèrent avec bruit sous nos pieds. Qu’était-il arrivé ? Groutchnitski avait bronché, la branche à laquelle il avait voulu se retenir s’était cassée et il aurait roulé jusqu’en bas sur le dos si ses seconds ne l’avaient retenu.

— Prenez garde ! lui criai-je ; ne tombez pas à l’avance ; c’est un mauvais présage : souvenez-vous de Jules César ? »