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ment gravé dans ma mémoire ! Le temps n’en a pas effacé le moindre détail.

Je me souviens que dans la nuit qui précéda le duel, je ne pus dormir une minute, et à peine pus-je écrire quelques instants ; une inquiétude secrète me dominait. Après m’être promené une heure dans ma chambre je m’assis et ouvris un roman de Walter Scott placé sur ma table ; c’était les Puritains d’Écosse. D’abord, je dus faire des efforts pour lire, puis, charmé par ces fictions enchanteresses, je m’oubliai…

Enfin, le jour parut. Mes nerfs s’étaient calmés ; je me regardai dans une glace, une pâleur sombre couvrait mon visage et révélait les traces d’une douloureuse insomnie. Mais mes yeux, quoique cerclés profondément, brillaient d’un éclat effrayant. Je fus content de moi.

J’ordonnai de seller mon cheval, m’habillai et courus au bain. Je me plongeai dans une cuve d’eau de narzana froide, puis bouillante, et je sentis mes forces physiques et morales me revenir. Je sortis du bain frais et vigoureux, comme si j’allais au bal. Après cela, dites que l’âme ne dépend pas du corps.

En rentrant chez moi, je trouvai le docteur.