Page:Lermontov - Un héros de notre temps, Stock, 1904.djvu/257

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


gardé deux fois avec insolence. Tout cela lui sera appelé lorsque nous devrons compter ensemble. Vers dix heures, je me suis levé et suis sorti dehors il faisait noir à perdre la vue[1]. Des nuages épais et froids s’étendaient sur les sommets des montagnes environnantes. À peine si de temps à autre une brise mourante agitait les peupliers qui entourent l’hôtel. La foule se pressait aux fenêtres. J’ai descendu la colline et en atteignant la porte, j’ai pressé le pas. Il m’a semblé soudain que quelqu’un marchait derrière moi. Je me suis arrêté et j’ai regardé. Dans l’obscurité il était impossible de rien distinguer ; seulement, par prudence, j’ai fait, en me promenant, le tour de la maison ; en passant près des fenêtres de la jeune princesse, j’ai entendu de nouveau des pas derrière moi. Un homme, enveloppé dans un manteau, a passé rapidement à mes côtés. Cela m’a inquiété ; mais je me suis approché furtivement du perron et avec précipitation j’ai gravi l’escalier au milieu des ténèbres. La porte s’est ouverte ; une petite main a saisi ma main.

  1. Expression russe.