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de peines et leur a fait dépenser tant d’adresse et de réflexion. Voilà ce que j’appelle vivre !

Pendant le restant du souper, Groutchnitski n’a cessé de chuchoter avec le capitaine de dragons et d’échanger des regards d’intelligence avec lui.




14 Juin.


Ce matin Viéra est partie avec son mari pour Kislovodsk ; j’ai rencontré leur voiture en allant chez la princesse Ligowska. Elle m’a salué de la tête ; dans son regard il y avait un reproche.

De quoi suis-je coupable ? Pourquoi ne veut-elle pas m’accorder un tête-à-tête ? L’amour est comme le feu : sans aliment il s’éteint. La jalousie fera peut-être ce que n’eussent pu faire les prières.

Je suis resté avec la mère de la princesse une heure entière. Sa fille n’a pas paru ; elle est malade et n’est point allée ce soir au boulevard. Les membres de la ligue qui s’est formée naguères contre moi se sont armés de lorgnons et ont pris un air menaçant. Je suis heureux de savoir la jeune princesse malade, ils lui auraient fait quelque méchanceté. Groutchnitski a les