Page:Lermontov - Un héros de notre temps, Stock, 1904.djvu/231

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


cesse, lui disait Groutchnitski : vous êtes bien changée depuis le jour où je vous ai vue.

— Vous aussi, vous êtes changé, lui a-t-elle dit, en jetant sur lui un regard rapide, dans lequel il n’a pas distingué une raillerie cachée.

— Moi ! je suis changé ! a-t-il dit. Oh ! jamais ! vous savez bien que c’est impossible ! Celui qui vous a vue une seule fois, emporte avec lui pour l’éternité le souvenir de votre image divine !

— Aurez-vous bientôt fini ?…

— Pourquoi donc ne voulez-vous plus entendre à présent ce que naguères vous écoutiez avec bienveillance ?

— Parce que je n’aime pas les répétitions, a-t-elle répondu en riant.

— Oh ! je me suis affreusement trompé !… Insensé, moi qui croyais que ces épaulettes me donneraient le droit d’espérer !… Non ! il aurait mieux valu pour moi conserver mon manteau de soldat, avec lequel je pouvais peut-être attirer un peu votre attention.

— En effet, ce manteau allait bien mieux à. votre visage.

À ce moment je me suis avancé pour la saluer ; elle a rougi un peu et m’a dit rapidement : « N’est-