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ne peut entrer dans la tête d’un homme sans qu’il ne songe à le faire. Les idées, a dit quelqu’un, c’est la création organisée ; leur naissance leur donne une forme et cette forme est l’action. Ainsi celui dans la tête duquel naît le plus grand nombre d’idées agit plus que tous les autres.

De cela, il suit qu’un homme de génie attaché au banc d’un pupitre, doit mourir ou perdre l’esprit ; absolument comme un homme, doué d’une constitution, vigoureuse, condamné à une vie sédentaire et sans exercice, mourra d’une attaque d’apoplexie.

Les passions ne sont autre chose que les idées à leur première éclosion ; elles appartiennent aux cœurs jeunes, et celui-là est un sot qui croit être agité par elles toute la vie. Bien des rivières tranquilles sont, à leur source, d’impétueux torrents, mais pas une ne bondit et n’écume jusqu’à la mer ; ce calme est souvent, sans qu’on s’en doute, un grand indice de force. La plénitude, la profondeur des sentiments et de la pensée n’admettent pas les élans furieux. Une âme agitée par les passions, se donne en tout de lourdes responsabilités, et est persuadée qu’il