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cependant autrefois, ils faisaient mon bonheur, La princesse a fait asseoir sa fille au piano ; tout le monde l’a priée de chanter ; je me suis tu et profitant du mouvement général, je me suis approché d’une fenêtre avec Viéra, qui avait envie de me raconter quelque chose de très sérieux pour nous deux. C’était une niaiserie ! Mon indifférence néanmoins a fait de la peine à la princesse Marie, comme j’ai pu m’en apercevoir à un regard plein de dépit qu’elle m’a lancé ; et je comprends, admirablement ce langage muet, mais expressif, concis, mais énergique.

Elle s’est mise à chanter : sa voix n’est pas mauvaise, mais elle chante mal. Du reste je n’ai pas écouté. Groutchnitski, au contraire, accoudé sur l’instrument devant elle, la dévorait des yeux et s’écriait à chaque instant à haute voix : « charmant ! délicieux !… »

— Écoute, m’a dit Viéra, je ne veux point que tu fasses connaissance avec mon mari ; mais tu devras faire la conquête de la princesse-mère ; cela t’est facile, tu peux tout ce que tu veux et nous ne nous verrons qu’ici.

— Seulement ?