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passant un salut à peine marqué ; il s’est épanoui comme un soleil. Les danses ont commencé par une polonaise, puis on a joué une valse. Les éperons se sont mis à sonner et les pans d’habit à voltiger et à tourner. J’étais debout, derrière une grosse dame couverte de plumes roses ; l’ampleur de sa robe me rappelait le temps des paniers, et la bigarrure de sa peau, fort peu unie, l’heureuse époque des mouches de taffetas noir. Une énorme verrue qu’elle avait au cou était dissimulée par un fermoir de chaîne. Elle disait à son cavalier, capitaine de dragons :

« Cette petite princesse Ligowska est une insupportable fillette ; figurez-vous qu’elle m’a heurtée et ne m’en a pas fait ses excuses, et de plus, elle s’est retournée et m’a lorgnée ; c’est impayable !… Et de quoi est-elle si fière ? On devrait la mettre à la raison.

— Ça ne tardera pas à venir, a répondu l’officieux capitaine, et il est allé dans une autre salle.

Je me suis alors approché de la princesse, et l’ai invitée à valser, profitant ainsi de l’usage admis aux eaux où l’on peut danser avec les dames que l’on ne connaît pas.