Page:Lermontov - Un héros de notre temps, Stock, 1904.djvu/172

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


reconnais à votre portrait une femme que j’ai aimée autrefois. Ne lui dites pas un mot de moi, et si elle vous questionne, dites-lui du mal de votre serviteur.

— Je le veux bien ! a ajouté Verner en haussant les épaules

Après le départ du docteur une peine affreuse m’a serré le cœur. Est-ce que le hasard nous réunirait de nouveau au Caucase ? ou bien est-elle venue ici, sachant qu’elle m’y rencontrerait ? Et comment nous revoir ? Et puis est-ce bien elle ? Mes pressentiments ne m’ont jamais trompé. Il n’est pas un homme sur lequel le passé ait plus d’empire que sur moi. Chaque souvenir du plus court chagrin ou de la plus courte joie, frappe mon âme jusqu’à la souffrance et en tire toute espèce de sons. Je suis organisé d’une manière stupide. Je n’oublie rien, rien !

Après le dîner, à six heures, je suis allé sur le boulevard. Il y avait foule ; les deux princesses étaient assises sur un banc, entourées de jeunes gens qui faisaient tous leurs efforts pour paraître aimables. J’ai trouvé place à quelque distance sur un autre banc. J’ai arrêté deux officiers de ma connaissance et leur ai raconté