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chaleur s’est fait sentir et j’ai songé à regagner ma demeure. Mais auparavant je suis allé vers l’une des sources alcalines et me suis arrêté sous la galerie couverte, afin de respirer à l’ombre. Ce temps d’arrêt m’a donné l’occasion d’observer une scène assez curieuse. Les personnages se trouvaient dans la position que voici : la princesse-mère, avec l’élégant moscovite, était assise dans la galerie couverte et tous deux paraissaient engagés dans une conversation sérieuse. La jeune fille, ayant probablement achevé son dernier verre d’eau, se promenait mélancoliquement autour du puits. Groutchnitski se tenait auprès de ce même puits, et il n’y avait plus personne sur la place.

Je me suis approché et me suis caché à l’angle de la galerie. Au bout d’un moment, Groutchnitski a laissé tomber son verre sur le sable et s’est efforcé de se courber afin de le ramasser ; sa jambe malade l’en a empêché ; il a essayé encore en s’appuyant sur sa béquille, mais en vain ; son visage exprimait en cet instant une souffrance réelle.

La jeune princesse Marie voyait tout cela mieux que moi. Plus rapide qu’un oiseau, elle s’est