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blait de ses paroles lorsque la conversation sortait du cercle des connaissances ordinaires. Je n’ai jamais pu discuter avec lui. Ainsi il ne répond pas à vos objections et ne vous écoute pas ; seulement si vous vous arrêtez, il commence une longue tirade qui a bien quelque rapport avec ce dont vous causiez, mais qui n’est effectivement que le développement de son propre discours.

Il est assez spirituel ; ses épigrammes sont amusantes ; il ne contredit jamais quelqu’un. Il ne connaît ni les hommes ni leurs cordes faibles, car il ne s’est occupé que de lui pendant toute sa vie ; son but a toujours été de devenir un héros de roman. Il s’efforce souvent de persuader aux autres qu’il est un être créé pour un autre monde et voué à des souffrances inconnues. Il finit presque par le croire lui-même, et c’est pour cela qu’il porte si fièrement son grossier manteau de soldat. Je l’avais deviné et à cause de cela il ne m’aimait pas, quoique nous eussions extérieurement d’excellents rapports. Groutchnitski passait pour un homme d’une bravoure remarquable. Je l’avais vu à la besogne, agitant son sabre, criant, se jetant en