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En descendant au milieu de la ville j’ai parcouru un boulevard sur lequel j’ai rencontré quelques groupes tristes, qui gravissaient lentement la montagne. Ce sont en grande partie des familles de riches propriétaires de steppes. Parmi elles, on remarque des hommes portant des vêtements de mode un peu vieille déjà et des femmes élégamment parées, ainsi que leurs filles. Évidemment, toute la jeunesse des eaux leur est connue ; aussi m’ont-elles regardé avec une attentive curiosité. La coupe de mon pardessus, fait à Saint-Pétersbourg, les a probablement trompées ; car bientôt, apercevant mes épaulettes d’officier de ligne, elles se sont détournées avec indifférence.

Les femmes des autorités du lieu, comme disent les maîtres d’hôtel aux eaux, ont été plus bienveillantes. Elles portent des lorgnons, et ont plus d’égards pour l’uniforme ; elles sont habituées, au Caucase, à rencontrer, sous des boutons numérotés, des cœurs ardents et sous des casquettes blanches des esprits civilisés. Ces dames, très aimables et longtemps aimables, prennent chaque année de nouveaux adorateurs et trouvent peut-être en cela le secret de leur