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Au bout d’un moment l’aveugle parut portant sur son dos un sac qu’ils placèrent dans la barque.

— Écoute-moi, l’aveugle, dit Ianko, garde bien la maison… tu sais ? là sont de riches marchandises… Dis à… (je n’entendis pas le nom) que je ne puis plus le servir ; les affaires vont mal, il ne me verra plus, il y a du danger maintenant ; j’irai chercher du travail ailleurs, et il ne retrouvera pas un hardi marin comme moi. Oui, dis-lui que s’il avait mieux payé mes peines, Ianko ne l’aurait pas abandonné ; mais mon chemin est partout où souffle le vent et gronde la mer… Après un peu de silence, Ianko continua : Elle viendra avec moi, elle ne peut rester ici. Mais dis à la vieille que son heure est venue et qu’elle doit faire place aux autres… elle ne nous reverra jamais.

— Et moi, que deviendrai-je ? dit l’aveugle d’une voix plaintive.

— Que veux-tu que je fasse de toi ? fut sa réponse.

Cependant mon ondine sauta dans la barque et fit un signe à son compagnon ; celui-ci plaça quelque chose dans la main de l’aveugle et ajouta :