Page:Lermontov - Un héros de notre temps, Stock, 1904.djvu/141

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


pus regagner le bord. En suivant le rivage jusqu’à la masure j’observai malgré moi les lieux où la veille, l’aveugle était venu attendre le navigateur nocturne. La lune glissait déjà dans les cieux et il me sembla que j’apercevais quelque chose de blanc assis sur le rivage ; je m’approchai doucement, stimulé par la curiosité, et me couchai entre les herbes ; avançant ensuite la tête, je pus bien voir des rochers tout ce qui se faisait en bas, et sans m’en étonner beaucoup, je me réjouis de reconnaître ma petite ondine. Elle exprimait l’onde amère de ses longs cheveux ; sa chemise humide dessinait sa taille souple et sa gorge protubérante. Bientôt une barque se montra au loin ; elle aborda rapidement, et comme la veille un homme en sortit en costume tartare ; il avait les cheveux coupés à la cosaque et au cuir de sa ceinture pendait un grand couteau.

— Ianko ! lui dit-elle, tout est perdu ! Puis leur conversation se prolongea, mais si bas, que je ne pouvais rien entendre…

— Mais où est l’aveugle ? dit enfin Ianko, en élevant la voix.

— Je l’ai envoyé à la maison, répondit-elle.