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mes vêtements, et d’un choc violent faillit me jeter à la mer. La barque balançait, pourtant je parvins à me redresser, et alors commença entre nous une lutte désespérée. La fureur me donnait des forces, mais je remarquai bientôt que je le cédais en agilité à mon adversaire…

— Que me veux-tu ? lui criai-je en serrant fortement sa petite main.

Ses doigts craquèrent, elle ne poussa pas un cri ; cette nature de serpent endura cette torture.

— Tu vois, dit-elle, tu iras faire des rapports sur nous ! »

Et, avec une force surnaturelle, elle me jeta sur le bord. Enlacés par la ceinture, nous tombâmes et penchions sur l’eau ; ses cheveux touchaient la mer, le moment était décisif. M’appuyant alors sur mon genou, je la saisis d’une main par les cheveux, de l’autre à la gorge ; elle lâcha mes vêtements et d’un seul coup je la lançai au milieu des flots.

Il faisait sombre ; sa tête parut deux fois au milieu de l’écume des vagues, et puis, je ne vis plus rien…

Dans le fond de la barque, je trouvai la moitié d’une vieille rame. Et après de longs efforts je