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l’aveugle et s’accroupit auprès de lui. Le vent m’apportait de temps en temps leur entretien :

— Eh bien l’aveugle ! dit une voix de femme, l’orage est violent ; Ianko ne viendra pas.

— Ianko ne craint point l’orage ; répondit celui-ci.

— Le brouillard s’épaissit ! reprit la voix de femme avec une expression douloureuse.

— Avec le brouillard on peut bien mieux glisser au milieu des bâtiments de vigie, fut sa réponse.

— Et s’il se noie ?

— Eh bien quoi ! dimanche tu iras à l’église sans ton nouveau ruban.

Un silence suivit. Une chose cependant m’avait surpris : l’aveugle m’avait parlé dans le dialecte de la petite Russie et maintenant il s’exprimait en Russe très pur.

— Vois-tu que j’ai raison, dit de nouveau l’aveugle en applaudissant de ses mains. Ianko ne craint ni la mer, ni les vents, ni le brouillard, ni les douaniers. Écoute ! c’est lui ; voilà l’eau qui clapote, je ne me trompe pas, — c’est sa longue rame.

La femme bondit et se mit à observer avec une inquiétude visible.