Page:Leprohon - Antoinette de Mirecourt ou Mariage secret et chagrins cachés, 1881.djvu/277

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

que la frêle jeune femme heureusement ne put voir, grâce aux acacias qui projetaient leur ombre sur son mari, car ce sourire l’aurait poursuivie longtemps après.

— Eh ! bien, il est à espérer qu’il n’en sera pas ainsi ; mais tu n’as qu’une bien petite idée des déboires de la vie, jeune fille : ta barque, jusqu’ici, n’a vogué que sur les eaux tranquilles d’une mer calme ; mais elle pourrait bien rencontrer des écueils et des tempêtes tels que tu n’en a jamais rêvé de semblables… Te proposes-tu de revenir à la ville prochainement ?

— Non, je n’irai pas tant que je pourrai m’en dispenser ; j’y ai trop souffert lors de ma dernière promenade. Ici je mène une vie aussi tranquille, aussi retirée que vous puissiez le désirer : je sors rarement, ne reçois que peu de visites et suis presque toujours avec ma gouvernante. Croyez-moi, pour notre repos mutuel, il vaut mieux que vous me laissiez en paix ; que cette visite, Audley, soit votre dernière.

— Elle devra l’être certainement, car la réception que tu viens de me faire n’est pas de nature à m’encourager à la renouveler ; mais je ne fais aucune promesse imprudente, dans le cas où je serais tenté d’y manquer.

— Silence ! s’écria tout-à-coup Antoinette en pressant fortement le bras de son mari. Mon père est arrivé : n’entendez-vous pas les voix, le bruit ?

Un moment après, des lumières brillaient aux fenêtres du salon, et la voix de M. de Mirecourt qui appelait sa fille se faisait entendre.