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tenir du désespoir. Cette pensée la frappa surtout un soir qu’assise avec la jeune fille à une fenêtre ouverte, elles admiraient ensemble les feux mourants du soleil couchant, et écoutaient les notes suaves du plus doux des chantres de nos bois, le rossignol.

— Madame Gérard, demanda tout-à-coup Antoinette d’une voix mélancolique, maman a dû mourir jeune, n’est-ce pas ?

— Oui, mon enfant. Elle s’est mariée à dix-huit ans et est morte au vingtième anniversaire de sa naissance, en te laissant âgée d’un an.

— Et elle a succombé, n’est-il pas vrai, à une affection de poitrine ?

— Je crois que oui, — répondit en hésitant la gouvernante qui n’aimait pas la tournure que prenait la conversation.

— À vingt ans! se dit à elle-même Antoinette : c’est trop long. Oh ! madame Gérard, priez Dieu pour que je ne vive pas jusqu’à ma dix-huitième année.

Madame Gérard tressaillit et examina attentivement la figure de son élève.

— Ce serait espérer trop tôt la couronne, dit-elle tranquillement. Dieu peut exiger que tu portes ta croix, quelle qu’elle soit plus longtemps que cela.

— Mais elle est si lourde ! soupira la jeune fille en se parlant à elle-même plutôt qu’à son amie.

— Celui qui te l’a envoyée te donnera la grâce et la force de la porter.