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de voyage, ce qui me surprit beaucoup. Il m’informa nonchalamment qu’il était appelé pour des affaires à *** — mais les noms ne sont pas nécessaires — dans le même village où demeurait ma bien-aimée. Heureux de cette nouvelle, j’exprimai la satisfaction que j’aurais de lui faire faire sa connaissance, et de lui prouver en même temps combien la miniature que je lui avais montrée était encore, en beauté, bien loin de la réalité. Rien, dans l’indifférence qu’il manifesta quand je le présentai à ma fiancée, dans les paroles qu’ils échangèrent alors, ne fut de nature à m’avertir du danger qui me menaçait. De temps à autre, mon frère, avec cette nonchalance qui lui était naturelle, se présentait dans son salon ; mais je n’avais aucune raison de m’en plaindre : au contraire, j’en étais fier.

Un soir, il me dit tranquillement qu’il désirait me faire un joli cadeau de frère, que ce présent n’était ni plus ni moins de me donner, à moi et à mes héritiers, et pour toujours, les terres de Welden Holme, une magnifique propriété qui faisait partie des biens de la famille. Ma reconnaissance fut aussi illimitée que ma crédulité. Je retournai au vieux domaine avec les papiers qu’il me donna pour aller voir l’avocat de la famille. Cet homme était lent, méticuleux : il me retint plus longtemps que je ne l’avais pensé.

Je revins la veille du jour fixé pour mon mariage. Comme de raison, je me rendis directement chez ma fiancée. Grand Dieu ! jugez de mon étonnement, en