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avons un moment à nous, je m’étonne de ne pas te voir m’assiéger de questions au sujet de ton cher adorable et tyrannique mari !… Mais, quoi ! ce nom te fait tressaillir comme s’il te terrifiait ! Tu es devenue singulièrement nerveuse.

— Eh ! bien, qu’as-tu à me dire sur son compte ? demanda Antoinette à voix basse.

— Qu’est-ce que j’ai à te dire ! répéta ironiquement madame d’Aulnay. Est-ce ainsi qu’une jeune mariée qu’on idolâtre doit s’enquérir du plus joli et du plus charmant mari qu’une femme puisse avoir ?

— Je ne suis pas aussi enthousiaste que toi, Lucille ; de plus, tu oublies qu’il y a à peine deux jours j’ai reçu de lui une lettre dans laquelle il me disait que sa santé est assez bonne. Mais, puisque tu veux absolument que je te questionne sur son compte, dis-moi donc comment il a passé le temps durant mon absence ?

— Le fait est — répondit madame d’Aulnay, en toussant, comme pour cacher son embarras — le fait est qu’il n’aurait pas été habile en vivant retiré comme un ermite : le monde aurait pu soupçonner quelque chose. Aussi, pour qu’il n’en parût pas, il a agi comme d’habitude, comme si de rien n’était.

— Comme il a agi pendant la dernière soirée que j’ai passée à la ville ? continua Antoinette dont les traits venaient de se couvrir d’une vive rougeur causée par la peine et le ressentiment que lui causait le souvenir de cette pénible circonstance.