Page:Leprohon - Antoinette de Mirecourt ou Mariage secret et chagrins cachés, 1881.djvu/178

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

cente et sans expérience a été confiée à vos soins. À Dieu vous rendrez compte de la manière dont vous avez rempli vos obligations. Quelles que soient les embûches dont ses pas ont été environnés et les erreurs dans lesquelles elle peut encore tomber, sur votre tête, à vous, son guide et sa protectrice, retombera la plus lourde part du châtiment !

— Quelle terrible mégère ! s’écria madame d’Aulnay avec un frémissement affecté pendant que la gouvernante s’éloignait. Elle me rappelle la Sybille.

— Trêve de ces épithètes et de ces plaisanteries, répliqua Antoinette d’un air affligé et indigné. Cette personne a été pour moi, dès ma plus tendre jeunesse, une gouvernante, une amie, une mère ; et je serais une ingrate si je permettais qu’on fit un pareil usage de son nom en ma présence, quand je puis l’empêcher.

— Oh ! assez, ma chère enfant. Cette indignation est en pure perte ; car je suis prête, si tu le désires, à en parler désormais et à la regarder comme une perfection. Mais ne perdons pas notre temps en disputes, quand nous avons à parler de choses infiniment plus intéressantes. N’avons-nous pas parfaitement réussi dans tous nos plans ? Nous devons partir demain matin, pour profiter des beaux chemins, avant qu’une tombée imprévue de neige les rende impraticables. À présent, laisse le sourire revenir sur tes traits, tâches de paraître comme autrefois, afin d’empêcher ton père de retirer sa permission… Et maintenant que nous