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Mais le regard de tendresse qu’il lança en même temps sur sa fille était une frappante contradiction de la brusquerie de ses paroles.

— Laisse-la plutôt venir à la ville avec nous, interrompit M. d’Aulnay qui avait reçu les instructions de sa tendre moitié. Je te promets que nous te la renverrons après Pâques, aussi heureuse et en aussi bonne santé que jamais.

M. de Mirecourt hocha la tête.

Madame Gérard, de son côté, fit comprendre qu’elle ne pouvait s’imaginer qu’Antoinette pût désirer s’éloigner si tôt du manoir, après une si longue absence. Mais quelle chance avait-elle de lutter contre des alliés aussi puissants ? Louis lui-même, sur lequel elle avait compté comme sur un secours efficace, passait traîtreusement à l’ennemi. Quel était son but en agissant ainsi ? c’est ce qu’elle ne put deviner, à moins toutefois que, comme madame d’Aulnay l’avait également invité, il eut voulu profiter de cette occasion pour avancer ses affaires auprès d’Antoinette. Mais la vieille gouvernante n’avait pas remarqué que Beauchesne avait répondu à l’invitation d’une manière générale, équivoque, qui lui permettait d’accepter ou de refuser ensuite, à sa convenance.

Antoinette elle-même, silencieuse et abattue, ne parlait que très-peu, et en dépit des signes que lui faisait sa cousine, elle restait presque passive. Un regard suppliant tourné vers son père et qu’elle accom-