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mission de ton père ; demain soir tu seras dans mon salon, avec ce cher tyran d’Audley à tes pieds. Mais, silence ! j’entends venir madame Gérard. Jusqu’après le dîner, pas un mot de notre projet.

Le dîner fut excellent et les vins exquis ; M. de Mirecourt, content de voir que tout allait à merveille, était d’une humeur des plus aimables. Après le café qui fut servi dans le salon, madame d’Aulnay, avec une grande habileté, ouvrit le feu par quelques observations sur la pâleur et l’apparence délicate d’Antoinette.

— En effet, elle semble malade, répondit un peu brusquement M. de Mirecourt ; mais c’est à sa promenade en ville que nous devons cela.

— Oh ! cher oncle, répondit en souriant madame d’Aulnay, lorsqu’elle quitta Montréal elle paraissait être bien mieux que maintenant. Elle s’ennuie à mort ici, précisément comme moi à la ville depuis que le carême est commencé.

— C’est très-flatteur pour M. d’Aulnay et pour moi-même, répliqua-t-il.

— Mais, mon oncle, vous êtes très-souveut absent ou retenu dans votre bureau par d’importants travaux, et madame Gérard est occupée par les affaires du ménage, en sorte que la pauvre Antoinette est souvent seule.

— Eh ! bien, que la petite se livre à la lecture, au jeu ou à la couture, comme elle en avait la louable habitude avant son entrée dans la vie du grand monde, dit M. de Mirecourt d’un ton assez bref.