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mystérieuses attirances du guet dans les feuilles. L’enfant le tira par la manche de sa veste, lui dégoisa sa commission, et tout de suite le borgne s’emballa à l’idée de découvrir un nid.

— J’y vas, fit-il.

Sans tarder, il se mit à grimper la montée, broyant entre ses molaires un chiquet de pain retrouvé dans sa culotte, pour tromper la faim. Ils s’abordèrent au bout de cinq minutes.

— T’as vu des moucherons ?

— Et d’gros, j’te dis qu’ça, flûta Créquion, ses côtelettes agitées par un rire narquois.

— Où ?

— Minute ! patience !

Le plateau se déroula bientôt sous leurs enjambées ; tous deux allaient, Créquion muet à son ordinaire, Capitte articulant un mot par passades ; et autour d’eux, la fraîcheur de la terre montait, dans le déclin de la lumière. Ils évitèrent le sentier qu’avait pris Clarinette et duquel ils pouvaient être aperçus, se jetèrent sur la gauche, coupant à travers de jeunes taillis qui masquèrent leurs épaules. À une portée de fusil du champ de Huriaux, brusquement Patraque s’arrêta, jouant la colère et la douleur.

— Où qu’i sont, les mouchons, répétait toujours le Berlu.

— Là !

Et de la main, il montra la maison.

Capitte ne comprenait pas, regardait le toit, puis regardait Patraque, son unique œil, pareil à une grosse araignée, tournoyant, sanglant et vague, sous ses sourcils. Mais le compère, sachant comment il fallait remuer cette nature épaisse, ne lui laissa pas le temps de se reconnaître ; et l’attaquant net par son amitié pour Huriaux :

— T’es l’ami à Jacques ? dis, pas vrai !

— Vrai.

— Ben, i sont là, à deusse, qui lui marchent d’sus s’n honneur. Sûr comm’ t’es là !

Capitte visiblement se travaillait pour abouter ses idées, ne soupçonnant pas quel rapport existait entre l’honneur de Jacques et le nid espéré.