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silence de la ville, tôt couchée après la fermeture des boutiques. Arthur Stevens, le frère d’Alfred et de Joseph, l’un des plus délicats et des plus inépuisables causeurs que la Belgique ait eus, lui donnait la réplique. Nul ne s’entendait à exprimer, dans une forme plus lapidaire, les vérités essentielles de l’art. Comme il était très grand, il marchait en se courbant un peu, les moustaches en faucille, d’un rythme élégant de beau cavalier. Il aimait parler de sa correspondance avec des personnalités illustres : il demeura jusqu’au bout le visiteur et l’ami assidus du ministre Van Praet, cet homme d’État à la fois illustre et obscur et qui ressemblait si fort à Léopold ier, qu’on le disait son frère. Aucun ne se doutait que les jours de Baudelaire étaient comptés.

Cependant il étouffe, ce petit-fils d’Espagnols et de Hongrois (la légende !), dans sa vie à l’étroit : il rêve de « briser d’un coup de tête la martingale des conventions avec lesquelles les sociétés civilisées tiennent en bride les natures primitives ». Et c’est un grand cri : « partir pour vivre enfin sa vie dans la fièvre du mouvement, au son des fanfares hongroises » !…

Il ne partira pas pour le steppe où l’ancêtre Boleslaw, dans un flot de crinières qui s’emmêlaient à ses brandebourgs d’or, lançait son étalon. C’est