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où les « Joyeux » et les « Agathopèdes » rivalisaient d’inventions malicieuses, où à douze autour d’une table, on faisait ensemble, d’une gaîté mordante, le premier Uylenspiegel, où Charles De Coster enfin, à l’exemple des maîtres « dinandiers » du passé, fabriquant les vénérables gaufriers dans lesquels aujourd’hui encore se coule la pâte des bonshommes en spikelaus, gourmandise et délice des Saints-Nicolas de l’enfance flamande et wallonne, avait imaginé, pour y couler « l’âme et l’esprit de la mère Flandre », le large moule d’une langue archaïque et rabelaisienne.

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Il sembla que du même coup on eût recréé un des aspects de l’ascendance. On fut chez les ancêtres, les âges se renouèrent. Quand parut, à quelques années de là, la Légende d’Ulenspiegel, il fut permis d’y voir la Bible même des Flandres. Si la littérature, dans un pays qui jusque-là n’en avait eu que la bonne volonté, avait suivi la leçon du grand écrivain, peut-être elle eût donné naissance à un mode d’expression autochtone où Flandre et Wallonie se fussent confondues. D’un esprit flamand, mais avec l’accent de l’ancienne langue d’oïl, Charles De Coster, en écrivant, concilia les deux âmes. Le sang, pour les réunir, avait été versé : il y avait fallu la valeur et l’élan des