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touché par l’art rude et sain du peintre ; mais, avisé et finaud, avec son pli de malice aux yeux, il n’avait pas été longtemps sans remarquer l’enflure de vanité et de gros mépris qui se cachait sous la bonhomie du compère. Wallon volontiers paysannant, il se tint en garde contre le paysan matois qui parfois les « roulait, » comme en ce matin clair où, avant accepté de leur donner à tous une leçon de peinture sur nature, il les promena pendant des heures et après avoir pris vingt fois ses pinceaux et les avoir remis dans la boîte, déclara qu’il ne se sentait pas « émeu ». D’humeur indépendante au surplus, notre artiste observa toujours une fierté un peu distante envers les compagnies. On peut donc croire qu’il le regarda marcher dans sa gloire ainsi que le peignit en des vers fameux Banville, mais sans trop l’accointer.

Qu’il en tînt pour sa cuisine de peintre, condimenté selon les meilleures recettes d’Espagne et de Flandre, nul doute. Il en prit même un tantinet la sauce pour l’accommoder à ses venaisons ; elle lui procura le liant duquel il fit ses propres coulis ; elle releva son sens de la figure et tonifia son accent d’art personnel. Mais une différence se marquait ensuite ; elle fut sensible dans les deux Enterrements, celui d’Ornans et celui du pays wallon. Courbet, nullement inventif, prenait la nature comme elle lui venait ; tout Ornans posa pour son assistance ; et la toile se déroula, énorme, comme un état civil, comme un instantané. Il n’y mit que la symétrie d’une ordonnance générale et tout le reste fut de la peinture. Ce fut suffisant à faire, de ce prodigieux tableau de famille où tout le monde se connaissait et se reconnut, l’un des quatre ou cinq grands morceaux d’un siècle, à côté des plus considérables que léguèrent les autres.

Eh bien, toute proportion gardée, le morceau wallon s’atteste du même plan : avec les seules puissances du crayon lithographique, un petit maître venu de sa province avait fait, lui aussi, un tableau serré et coloré, où énigmatiquement la caricature ne se démêlait pas de la réalité, à travers un réa-