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Groux avait renouvelé l’émotion esthétique. On commença à se rendre compte qu’un tableau emprunté à la vie quotidienne était aussi un tableau d’histoire. Les peintres regardèrent autour d’eux et furent séduits par la couleur et le caractère des choses de la rue. Il y eut, par réaction aux tons surchauffés qui avaient prévalu jusque-là, une application aux valeurs basses, étouffées et mineures. Les figures chez presque tous se cerclèrent d’ombre : des salissures volontairement ternirent le brillant des pâtes. Ce fut l’avènement d’une modalité que subirent Leys, les deux Stevens, Willems, Henri de Braekeleer, Meunier, Artan, Dubois, Eugène Smits, Leopold Speekaert, Liévin de Winne. On y sentit l’empreinte du génie paysan et bourru qui, en France, de ses larges sabots, avait mis à nu le tuf profond du Réel quotidien.


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Courbet, d’une beauté sensuelle, indolente et grasse de Bacchus indien, les yeux en amande, le nez busqué, la barbe en pointe, tel qu’il aimait s’adoniser en ses innombrables portraits de lui-même, conquit le pays par sa faconde, son aplomb, sa bonhomie matoise et ses truculences. On le mena dans les cabarets, il vit les musées, il se vit surtout lui-même à travers les peintures qu’on lui montrait. Quand il revint en 1861, il put se rendre compte que ses