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XX

On ne peut dire que ses types de femmes soient très nombreux : des modèles lui en fournirent les traits essentiels ; mais il les achevait d’après le modèle qu’il portait en lui-même. Comme la plupart des artistes absolus, il ne copiait pas la nature et lui demandait plutôt des indications qu’il rapportait au type idéal et idiosyncrasique. « La nature, disait-il, ne donne jamais de modèle complet. Les déesses furent des parties de belles femmes rapportées et juxtaposées : il n’existe ni une Vénus ni une Victoire. C’est un article que le bon Dieu ne tient pas. Le génie d’un grand artiste seul peut en mettre sur pied le détail en prenant à celle-ci ses reins et sa gorge, à celle-là ses bras et ses jambes et en rassemblant le tout d’après un dessin logique et harmonieux. »

Et ce qu’il disait, il le faisait pour lui-même. Il retira un jour du tiroir de sa table une suite de dessins poussés, représentant des seins, des jambes, des bouts de nuques et une merveilleuse petite main gantée tenant un éventail. « Tu vois, me dit-il en riant, je suis Jack l’éventreur : je coupe des femmes en morceaux. » Quelquefois aussi, c’étaient des griffonnis sur le cuivre, petites pointes sèches déliées comme des fils de lin et desquelles se levait en abrégé le