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au dos, dans la grande banlieue de Paris, la banlieue extrême où il découvre des trésors de paysanneries : la forêt d’Armainvilliers, Grosbois, Ermenonville, les étangs de Chanlis, la forêt de Traconne, etc. « Je loge dans les vieilles auberges de la Brie, du Valois, des hôtelleries du « Soleil d’Or », pleines de rires et de voix joyeuses, où l’on paie trois francs par jour et où l’on boit six litres de vin, des petits vins rouges réjouissants. »

Ou bien, il va « vacher » dans le Bocage en Vendée, pour de là rôder en Basse-Bretagne avec l’ami, le joyeux camarade, Armand Gouzien, toujours si empressé, aux heures de balade, à oublier ses graves fonctions d’inspecteur des Beaux-Arts.

Une fois que la petite folie de l’espace les avait pris, ils ne s’arrêtaient plus, et cela finissait souvent par un retour au pays laissé en arrière et jamais oublié. En 1879, c’est la mer flamande qui lui dit de douces choses au cœur : il va à Nieuport, à Heyst, à Blankenberghe : il s’y sent dans une bonne veine de travail et y fait des études. Bruxelles n’est qu’à un tour de roue : on le presse d’y passer quelques jours. Mais la ville est en fête. « J’ai horreur de toutes les réjouissances officielles, je n’aime que les gaietés improvisées. »

En janvier 1879, toujours avec Gouzien, il est à Brest : il a vu venir l’hiver à la baie des Trépassés ; il y a peint deux études féroces. « Manet, qui en a vu une, a dit à Cadart que c’était de « toute première force ». C’est bon d’entendre dire cela par Manet qui ne flatte pas les gens. »

Il rentre à Paris, juste pour y rencontrer une belle fille « aux bas de soie noire à fleurs rouges », et qu’il met nue comme une déesse, après l’avoir gantée de longs gants noirs et l’avoir coiffée « d’un de ces grands gainsboroughs en velours noir, orné d’or, qui donnent aux filles de notre époque la dignité insolente des femmes du XVIIe siècle… » Et voilà faite sa fameuse Pornocratès. Il en donne lui-même le commentaire dans une lettre