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« C’est que les temps sont bien changés depuis le temps de la « Grande École flamande » et les Belges se sont singulièrement embourgeoisés ! Ils n’ont plus ce que les Français ont gardé et ce qui les sauve, ce qu’avaient les vieux flamands : la gaîté rayonnante, l’exubérance de mouvement, les goûts raffinés, fastueux et élégants, l’amour des femmes, de la poésie et des choses de l’esprit. Il me semble, tandis que j’écris, entendre à trois siècles de distance, les beaux devis et les chansons des Chambres de rhétorique, le heurt des pots au cabaret de Brauwer, et je vois briller dans l’arc des rires les dents blanches des cavaliers de Frantz Hals qu’embrassent les filles de Jordaens ! Ah ! c’était un beau et vibrant pays que la Flandre et bien frère de la « gaye et doulce France » ! Rubens est venu pour peindre cette superbe, cette surabondance, cet épanouissement, ce déploiement de vie à outrance, et pour cela, il est immortel. Les Belges ont remplacé toutes ces