Page:Lemonnier - Félicien Rops, l’homme et l’artiste.djvu/148

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


qui indéfiniment prolongent à son gré la période des essais et de la mise au point.

Personne ne connaissait aussi bien les ressources et la qualité des métaux : il les lui fallait pas trop durs, d’un grain poreux, gras, papilleux comme une toile. « Un cuivre est une chose personnelle, disait-il, et qui doit vivre sous la main d’une vie élastique et frémissante ». Il avait l’horreur du cuivre industriel, d’une préparation courante et bon à toutes les mains. Il donnait à entendre qu’il connaissait dans une rue du Paris des échoppes, un vieux petit batteur en cuivre, borgne et boiteux, l’air d’un Mime au fond de sa forge enfumée et qui lui faisait des plaques comme seul Abraham Bosse en avait connues. Ces histoires qu’il racontait, un pli léger de blague à la joue, et qu’il animait, le sourcil froncé et l’œil pétillant, d’un rire qui lui grelottait dans la gorge, l’amusaient tout le premier. Elles s’ajoutaient à toutes celles qui se colportaient sur son compte.

Le soin qu’il prenait pour entretenir sa légende était lui-même un labeur. Il se dérobait à l’intimité pour mieux fortifier les apparences d’une vie dispersée. Il lui arrivait alors d’imaginer des absences quand, portes