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mai qu’il pleuvait, on le descendit lui-même dans la fosse. Il nous sembla, au moment où s’enfonça la longue bière, que le génie de la race retournait à la terre. Là-bas, dans la plaine flamande, les moulins partout tournaient, les voiles s’enflaient au vent, le paysan rayait sa terre : personne n’eut l’air de s’apercevoir qu’il y avait un peu de l’âme d’un peuple qui était allé rejoindre les grands ancêtres.

« Est-ce qu’on enterre Uylenspiegel, l’esprit, et Nelle, le cœur de la mère Flandre ? » C’était la grande parole et comme le thème immortel du livre ; et comme pour lui donner raison, il arriva tout de même un jour, longtemps après, où proche de l’étang de l’ancien vallon ixellois, sous le saule qui l’avait vu rêver lui-même tout jeune homme, un pieux édifice, œuvre du sculpteur Samuel, en mêlant aux figures de grâce et de fierté de la Légende le médaillon de l’écrivain, associa ainsi l’homme et son œuvre à l’hommage reconnaissant de la patrie. Et je me souviens : les oiseaux chantaient dans le feuillage ; le soleil de juillet animait la pierre d’un frisson ; tous les petits enfants des écoles avec des palmes étaient venus, toute la vie de demain confondue avec celle qui était du présent ou du passé. On y vit l’ami fidèle : malade, touché déjà, Rops fut là de tout son cœur, de toute sa vie déclinante.