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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/94

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ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.

M’appeler, — j’ai quitté ma couche pour la suivre.
— Il est vrai que j’étais très passablement ivre. —
Elle m’a pris la main, — et, doucement, sans bruit,
À travers le mystère effarant de la nuit,
Je l’ai suivie. Alors elle m’a fait descendre
Dans la tombe, et m’a dit : « Étends-toi dans la cendre,
Je reviens, nous aurons un plaisir sans pareil !... »

— Mais un regret m’a pris des splendeurs du soleil,
Et je me suis levé... J’ai fui, droit, par la plaine,
Sans regarder derrière, allant à perdre haleine,
Malgré les arbres noirs qui me tendaient les bras.

— Car une voix en moi m’avait soufflé tout bas :
« Prends garde ! Ce fantôme a de sombres pensées !
Tu vas rester tout seul aux profondeurs glacées ;
La tombe, pesamment, va se fermer sur toi !
Et désormais, livide, étranglé par l’effroi,
Tu te consumeras dans des efforts funèbres
Pour soulever la pierre et sortir des ténèbres...
Oui, tu dois bien penser que ce fantôme ment,
Qu’il te trompe ! qu’il veut ton éternel tourment,
Qu’il va se réjouir de toute ta détresse, —
Car il te hait ! — puisqu’il ressemble à ta maîtresse ! »





UN CERTAIN SOIR




N’étale pas ainsi tes bras nus devant moi ;
Dissimule un peu plus ta beauté souveraine,
Ou prends garde : — Un sujet peut outrager la reine,
Et quelqu’un peut t’aimer qui ne fut jamais roi.