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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/91

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MAURICE BOUCHOR.


CHANSON




Le bon soleil, père des choses,
Quand il a fait fleurir les roses
Dore les beaux sillons de blé ;
Ainsi, la jeunesse passée,
Puisse ta virile pensée
Être l’épi dur et gonflé !

Puis, le ciel calme de septembre
Voit les raisins de pourpre et d’ambre
Mûrir sur leurs coteaux pierreux ;
Ainsi je voudrais que ton âme
En elle renfermât la flamme
D’un vin splendide et chaleureux.

Lasse, l’humanité se traîne.
Que ta raison forte et sereine
Lui soit un pain substantiel !
Et, sentant le bonheur de vivre,
Qu’éperdument elle s’enivre
De ta chanson, fille du ciel !

Sans défaillance ni blasphème,
Marche devant toi : fais toi-même
Une large entaille à ton flanc
Pour que chacun s’y désaltère ;
Et réjouis-toi, si ton frère
Mange ton cœur et boit ton sang.


(L’Aurore)