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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/87

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MADAME GUSTAVE MESUREUR.

Devant les lourds bateaux et les engins de fer,
Avides de soleil, altérés de grand air.
Puis nous gagnions les bois pour chercher des noisettes,
Des fleurs, ou pour tailler à mon gré des baguettes.
Il me causait de tout ; sans en avoir soupçon,
Je prenais ces jours-là ma meilleure leçon.
Je l’aimais tant ! Sa voix était persuasive,
Et ses baisers au front me rendaient attentive.
Nous parlions des absents. Que je le trouvais gai,
Et brave, et jeune, avec son doux air distingué !
Un peu las, on rentrait le soir au clair de lune,
Suivant la route blanche ou la campagne brune,
Admirant une étoile épinglée au ciel bleu.
Il m’écoutait parler ; si j’avais quelque aveu,
Je pouvais le lui faire, obtenir des promesses.
Oh ! les bons souvenirs ! Oh! les saintes ivresses !
Je les crois d’hier encor, tant ils me sont présents.
Et penser aujourd’hui qu’il a des cheveux blancs !