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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/73

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PAUL HAREL.

Opposant Muse à Muse et merveille à merveille,
Racine partageait la gloire de Corneille ;
Où, poète railleur et bouffon souverain,
Molière mariait Térence à Tabarin ;
Où le bon La Fontaine oubliait les prophètes
Et mettait tant de sel sur la langue des bêtes ;
Où Despréaux, raillant la sottise et l’orgueil,
Cultivait la satire en son jardin d’Auteuil
Et disait aux maçons : « Reprenez vos truelles ; »
Où, mêlant son or pur au clinquant des ruelles,
Sévigné prodiguait son esprit et son cœur
De la douce Grignan à Bussy le moqueur.

Il est bon qu’on admire, il est juste qu’on loue
Le siècle où, Bossuet complétant Bourdaloue,
Ils semaient le froment dans ce même sillon
Qui devint le jardin des fleurs de Massillon ;
Le temps où Fénelon, nourrisson de Virgile,
En évêque-pasteur pratiquant l’Évangile,
Devenait deux fois saint et deux fois immortel ;
Où, le trône écoutant les leçons de l’autel,
L’évêque Fléchier surpassait Isocrate,
Où Catinat valait Miltiade et Socrate.
Alors, faisant cortège à l’astre sans pareil,
Des astres gravitaient autour du Roi-Soleil ;
Saint-Denis pouvait bien garder son oriflamme
Dans l’étui : Luxembourg tapissait Notre-Dame.
L’honneur fleurissait rouge en s’épanouissant
Dans le champ que Turenne arrosait de son sang ;
La gloire étincelait ; à travers l’épopée,
Le grand Condé jetait l’éclair de son épée,
Demain traître, aujourd’hui fidèle, toujours grand.
Traitant d’ailleurs le roi comme on traite un parent,
Il tenait au logis sa table préparée