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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/68

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ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.


Toutes les fois qu’une de vous,
Vierges dont j’adore la grâce,
Vêt sa robe de noce, et passe
Aux mains avides d’un époux,

Mon âme anxieuse est saisie
D’un chagrin qui n’a rien d’obscur ;
C’est un mal cruel, à coup sûr,
Et c’est bien de la jalousie.

Au fond, nos désirs jamais las
Ont soif d’infini. Plus de doutes :
Jeunes filles, je vous veux toutes,
Et c’est stupide, n’est-ce pas ?

Les yeux secs et la bouche close,
J’étouffe dans mon cœur plaintif
Un don Juan candide et craintif
Qui voudrait pleurer et qui n’ose.


(Les Médaillons)





PASCAL




Tu voyais sous tes pas un gouffre se creuser
Qu’élargissaient sans fin le doute et l’ironie. . .
Et, penché sur cette ombre, en ta longue insomnie,
Tu sentais un frisson mortel te traverser.

À l’abîme vorace, alors, sans balancer,
Tu jetas ton grand cœur brisé, ta chair punie,
Tu jetas ta raison, ta gloire et ton génie,
Et la douceur de vivre et l’orgueil de penser.