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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/53

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RAOUL GINESTE.


LE REFUS




Comme nous revenions du bois un soir de Mai,
Un de ces tièdes soirs où notre âme amollie
Se laisse aller au fil de la mélancolie,
Pour s’être trop mirée aux yeux de l’être aimé,

Elle alla se blottir au fond d’une causeuse,
Où, sur le velours sombre et bleu, son front pâli
Ressortit lumineux dans un jour affaibli,
Le jour mystérieux et doux d’une veilleuse.

Selon son habitude elle était tout en noir,
Ayant mis, pour me plaire, une robe de soie,
Celle dont les froufrous me causaient tant de joie
Lorsque je l’entendais arriver chaque soir.

Ses bras sveltes sortaient des manches évasées
Et, de ses doigts fluets, des arômes subtils
S’exhalaient, comme font les parfums des pistils.
Et la lune parut à travers les croisées !...

Ému, je pris sa main si blanche dans ma main,
Et je restai longtemps près de la bien-aimée,
À ses genoux qui sont la place accoutumée
Où souvent j’ai veillé jusques au lendemain.

Ses pieds, de blonde frêle et de parisienne,
Ainsi que des oiseaux farouches et tremblants,
Apparaissaient tapis sous un flot de volants,
Au milieu d’un fouillis de dentelle ancienne.