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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/480

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ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.

Dans les bas-fonds perdus de l’ombre impénétrable,
Quel est-il ?

Quel est-il ? À ce sphinx sans couleur et sans nom,
Plus muet que tous ceux des sables de Memnon,
Et qui, de notre histoire encombrant le portique,
Entrouvre dans la nuit son œil énigmatique,
À tant de siècles morts, l’un par l’autre effacé,
Qui donc arrachera le grand mot du passé ?

Hélas ! n’y songeons point ! En vain la main de l’homme
Joue avec les débris de la Grèce et de Rome,
Nul bras n’ébranlera le socle redouté
Qui depuis si longtemps, rigide majesté,
Plus lourd que les menhirs de l’époque celtique,
Pèse, ô vieux Canada, sur le sépulcre antique
Où, dans le morne oubli de l’engloutissement,
Ton tragique secret dort éternellement!

Ce secret, ô savants, ni vos travaux sans nombre,
Ni vos soirs sans sommeil, n’en découvriront l’ombre.
Pas un jalon au bord de ce gouffre béant !
Pas un phare au-dessus de ce noir océan !
Point d’histoire ! . . . Une nuit sans lune et sans étoiles,
Dont jamais œil humain ne percera les voiles !

Et cependant le globe au loin fermente et bout.
Là-bas, au grand soleil, l’humanité debout,
Un reflet d’or au fer de sa lance guerrière,
Dans l’éclair et le bruit dévore sa carrière.
Là tout germe, tout naît, tout s’anime et grandit ;
Du haut des panthéons dont le front resplendit,
La trompette à la bouche, on voit les Renommées,
Dans l’éblouissement des gloires enflammées,