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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/455

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ADOLPHE RIBAUX.


Le fidèle jasmin qui grimpe à la croisée
De boutons et de fleurs s’est couvert à son tour ;
L’aube, chaque matin, y verse sa rosée,
Les suaves parfums embaument tout le jour...

Calme, l’aïeule dort dans le fauteuil de chêne ;
Son tricot a roulé sur ses tremblants genoux...
Elle dort, — sur sa bouche un souffle glisse à peine
C’est un repos profond, mélancolique et doux.

Alors, interrompant la page commencée,
Repoussant loin de moi les vains livres menteurs,
Je songe, — et la tristesse envahit ma pensée,
Plus subtile, ô jasmin, que tes fines senteurs !

Je songe que, malgré mon amour sans mesure,
Grand’mère, chaque soir me prend un peu de toi;
Car le temps odieux poursuit sa marche sûre,
Et, lorsque vient l’hiver, l’oiseau change de toit.

Ce long sommeil pesant qui ferme tes paupières
Me fait penser, avec un secret désespoir,
À cet autre sommeil, parmi les blanches pierres,
Dans le champêtre enclos où croît le cyprès noir...

Tel un vol enchanté de divines abeilles,
D’insectes musicaux dansant dans un rayon,
Les vers inachevés chantent âmes oreilles,
La Muse me sourit et me tend le crayon.

Travailler ? Je ne puis. La joie est disparue ;
Le Rythme souverain a perdu son attrait.
Pliant, comme un roseau, sous la douleur accrue,
J’ai cru souvent que rien ne me consolerait.