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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/434

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ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.

Ce Mars, cette Vénus, qu’est-ce que c’est que ça ?
Où sont l’Axiéros et l’Axiocersa ?
Et dire que ce Zeus, ce héros d’amourettes,
Fut endormi dans son berceau par les Curètes,
Lorsqu’il assourdissait la Crète de ses cris !
Enfin, quand on y pense, on peut être surpris
Qu’on ose ne plus voir ou déclarer obscures
Ces deux étoiles d’or qui sont les Dioscures.
Depuis ce Zeus fatal, on a toujours été
Plus avant dans la honte et dans l’impiété.
Ce qui le prouve, c’est qu’il a besoin des nues.
Qu’est-ce que ces dieux beaux et ces déesses nues ?
Un dieu doit être vieux et laid ; voyez Kronos !
Voyez Vulcain, après sa chute dans Lemnos !
Décidément, ce Zeus est facile à connaître
En ce qu’il jette tous les dieux par la fenêtre !
Oui, l’on se conduit bien sur l’Olympe ! Voyez
Ces cygnes à Léda par ce Zeus envoyés !
Voyez Europe et son taureau ! Voyez la pluie
Que Danaé, dans sa tour de métal, essuie !
Et tant d’autres dont il n’a jamais su le nom !
Qu’importe ! elles étaient belles... Pauvre Junon !
Voilà le dieu dont on prétend doter la terre.
Qu’a-t-on fait de l’antique et solennel mystère
Dont l’homme ne pouvait sonder la profondeur ?
Où sont la probité, la vertu, la pudeur ?
Où sont les bienfaisants et rigides exemples
Que les hommes ont droit de trouver dans les temples ?
Où voit-on que ce Zeus se soit inquiété
De notre douloureuse et sombre humanité ?
Qu’a-t-il fait de nos chants d’amour, de nos prières ?
Les trois Parques n’ont pas été moins meurtrières
Depuis qu’il s’est donné l’Olympe pour palais.
Tes bonnes actions, voyons, Zeus, montre-les !