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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/421

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JULES COUGNARD.



Il faisait grand chaud ; c’était en été,
Dans un coin perdu de la Galilée ;
Le lit des ruisseaux, plein d’aridité,
Montrait au soleil sa vase brûlée
Où végétaient seuls de maigres ajoncs.
Jean ne possédait rien qu’une grenade :
Tous deux avaient soif ; le bon camarade
Jean dit en prenant son fruit : « Partageons ! »


Or, près d’eux passait, courbée et cassée,
Une pauvre vieille à l’air malheureux ;
Sa démarche était pénible et lassée ;
Elle regardait le fruit savoureux.
Jésus se souvint combien, dans sa crèche,
Il pleurait jadis, ayant soif et faim.
Il regarde Jean de son œil divin...
Et saint Jean tendit sa grenade fraîche.


De grand cœur saint Jean donna son trésor,
Mais son œil s’emplit d’abondantes larmes.
L’enfant regrettait tout bas son fruit d’or,
Et Jésus lui dit : « En vain tu t’alarmes :
Partager est bon, donner est meilleur.
Mon Père, là-haut, aime un sacrifice.
N’as-tu pas senti le secret délice
Dont la charité peut remplir un cœur ? »


La parole était trop grande et trop haute.
Le petit saint Jean n’avait pas compris ;
Mais voici : Celui qui hait toute faute,
De qui l’aime bien connaît tout le prix.