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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/409

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HENRI-FRÉDÉRIC AMIEL.


Tout glorieux je chevauche
En jouant du flageolet.
Mon petit cheval de race,
Qui n’est rien qu’un gros bâton,
Aux accents du mirliton
Piaffe, et ne tient plus en place.
C’est l’heure : allez boire ! Encor !
Retour ! La litière est prête :
« Grillon de mai, grillon d’or,
        Grillon dans l’herbette. »

Mais le jour s’est effacé,
Et du soir tinte la cloche :
De la maison se rapproche
Le cavalier fort lassé.
Sur ses genoux la nourrice
L’attire tout sommeillant,
Et d’un ton bien doux, bien lent,
Chante le refrain propice.
Dans ses bras l’enfant s’endort,
Et confusément répète :
« Grillon de mai, grillon d’or,
Grillon dans l’herbette. »


(Jour à Jour)





FEU SOUS LA NEIGE




On ignore longtemps ce que la boucle grise
Sous d’austères dehors peut cacher de douleurs.
Plus le cœur a souffert, hélas ! mieux il se brise,
Et s’il pleure en secret, plus acres sont ses pleurs.