Ouvrir le menu principal

Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/386

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
362
ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.


En fraise de dentelle, en pourpoint de velours,
Avec leur blason peint dans un coin de la toile,
Qui regardent au loin s’allumer une étoile
le dormir dans des silences lourds.

Et tous ces vieux hôtels sont vides et sont ternes ;
Le Moyen-Âge mort se réfugie en eux !
C’est ainsi que, le soir, le soleil lumineux
réfugie aussi dans les tristes lanternes.

Ô lanternes, gardant le souvenir du feu,
Le souvenir de la lumière disparue,
Si tristes dans le vide et le deuil de la rue
Qu’elles semblent brûler pour le convoi d’un Dieu.

Et voici que soudain les cloches agitées
Ébranlent le Beffroi debout dans son orgueil,
Et leurs sons, lourds d’airain, sur la ville au cercueil
Descendent lentement comme des pelletées !


(La Jeunesse Blanche)





DU SILENCE


I



Ah ! vous êtes mes sœurs, les âmes qui vivez
Dans ce doux nonchaloir des rêves mi-rêvés
Parmi l’isolement léthargique des villes
Qui somnolent au long des rivières débiles ;
Âmes dont le silence est une piété,
Âmes à qui le bruit fait mal ; dont l’amour n’aime
Que ce qui pouvait être et n’aura pas été ;
Mystiques refectés d’hostie et de saint-chrême ;