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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/381

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GEORGES RODENBACH.


JARDIN D’HIVER




Le soir, lorsque la lune épand ses frissons bleus
Et que des peaux de tigre et des tapis moelleux
Assourdissent les pas dans la chambre de verre,
Un grand jet d’eau sanglote au milieu de la serre,
Comme s’il se plaignait élégiaquement
De retomber toujours dans le bassin dormant
Et de ne pas pouvoir, pour calmer sa rancune,
Porter son baiser froid aux lèvres de la Lune !


(L’Hiver Mondain)





BÉGUINAGE FLAMAND


I



Au loin, le Béguinage avec ses clochers noirs,
Avec son rouge enclos, ses toits d’ardoises bleues
Reflétant tout le ciel comme de grands miroirs,
S’étend dans la verdure et la paix des banlieues.

Les pignons dentelés étagent leurs gradins
Par où monte le Rêve aux lointains qui brunissent,
Et des branches parfois, sur le mur des jardins,
Ont le geste très doux des prêtres qui bénissent.

En fines lettres d’or chaque nom des couvents
Sur les portes s’enroule autour des banderolles,
Noms charmants chuchotes par la lèvre des vents :
La maison de l’Amour, la maison des Corolles.