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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/373

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ÉPHRAÏM MIKHAËL.


Et vers le ciel pareil aux cuirasses brunies
Que hérissent des clous brillants, leur rude main
Lève de longs buccins d’or qui seront demain
Les annonciateurs sacrés des agonies.

Des femmes, leurs seins nus caressés de clartés,
Dans de grands parcs plantés d’hiératiques chênes
S’attardent à rêver des souillures prochaines
Et s’apprêtent pour les mauvaises voluptés.

Mais, dédaignant le songe humain des vils désastres,
L’hiérodoule au cœur d’éternel diamant
Dans la suprême nuit regarde éperdument
L’hiver du ciel blanchi par le givre des astres.





CONSEILS DU SOIR




Nulle pourpre aujourd’hui dans le gris vespéral ;
Le jour meurt simplement comme une âme lassée,
Et voici que du ciel uniforme et claustral
Une paix de couvent tombe sur ma pensée.

J’accepte le conseil religieux du soir
Qui m’édifie un pacifique monastère,
Et mon rêve, oublieux et calme, ira s’asseoir
Au jardin monacal plein de chaste mystère.

Je quitterai le lourd manteau du vain orgueil :
Trop d’autres ont usé l’or de son insolence.
Et je dépouillerai la vanité du deuil :
Tant d’ennuis ont crié que je veux le silence.