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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/325

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MAURICE VAUCAIRE.


EFFET DE BOUILLARD





Le brouillard, comme un encensoir,
Sur les plaines jette, le soir,
Ses masses de vapeur épaisse ;
De loin cela forme une espèce
D’étang triste et mystérieux :
Un étang ayant chu des cieux.

Et d’une manière imprévue,
Immédiate, cet étang-là
À nos yeux surpris s’étala,
S’agrandit à perte de vue.

L’étang devint lac, un lac gris
Baignant les arbres rabougris
Qui limitaient ses rives mornes
Près des prêles et des roseaux ;
Puis le vent souffla sur les eaux,
Et le lac gris n’eut plus de bornes.

Et le brouillard se fit plus clair,
Et le lac morbide, insalubre,
Devint la mer, la mer lugubre,
Et le lac irris devint la mer!

Mais la mer à la fin du monde,
Non plus volage ou vagabonde,
Phosphorescente ou chantonnant ;
Mais la mer gavée et gonflée
De la colossale mêlée
Des débris du vieux continent !


(Parcs et Boudoirs)