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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/317

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VICTOR PITTIÉ.


CHOSES RÊVÉES

 
 

Je rêve une maison blanche, au fond des bois verts,
Une maison très calme, et gaie, — un peu rustique,
Où l’on serait heureux à la manière antique.

Tout autour, des buissons, mais des buissons couverts
De fleurs, et, près de là, suivant gaiement la pente,
Une source d’eau vive et claire qui serpente.

Au seuil, un chêne épais, un beau chêne vêtu
De majesté sereine et de calme vertu,
Où l’on ferait des vers au rythme lent des branches.

Car l’on ferait des vers ! Et même, ils seraient beaux.
Ils ne sentiraient pas le spleen et les tombeaux,
Et les ailes du rêve y seraient toutes blanches...

Des livres, mais très peu : livres simples et forts
Écrits avec le cœur et qu’on lit sans efforts,
Et qu’on aime, et qui sont un peu de la famille.

Et puis, c’est tout. Mais non, quelques amis encor :
Le soir, on les aurait, dans le joli décor
Que ferait le soleil couchant dans la charmille.

Et puis... Mais que disais-je ? Il y faudrait surtout,
Il y faudrait d’abord, jeune et parfumant tout,
Cette femme qu’on rêve aux châteaux en Espagne ;

Oui, quelque chaste épouse — un peu simple — aux doux yeux,
Et qui vous donnerait, faisant le nid joyeux,
De petits paysans pour peupler la campagne !