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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/305

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PAUL MARIÉTON.


Une stèle pudique, entre les columelles
Qui dressent alentour leurs fûts gris et penchés,
Monument d’une vierge où les adieux fidèles
S’étaient plus longuement de douleur attachés ;

Un chef-d’œuvre ingénu dans son touchant symbole,
Retenait mes regards jusqu’au ravissement,
Quand j’aperçus à l’ombre, au pied d’une herbe folle,
Et blanc comme la pierre, un débris d’ossement.

C’était le crâne ouvert d’une enfant presque femme,
Où sans doute jadis avait rêvé d’amour
La jeune fille morte à la fleur de son âme,
Qui depuis deux mille ans n’avait pas vu le jour.

Je m’approchai du marbre à la fine architrave,
Et je lus : « Héghéso, fille de Proxénus... »
Sans regret des bijoux qu’étalait son esclave,
Morte, n’ayant pas fait son offrande à Vénus !...

Pour avoir vainement fouillé son coin de terre,
Dans l’espoir de ravir ses derniers ornements,
On avait dérangé ce repos solitaire,
Et la tête gisait parmi les ossements...

Je la pris dans mes mains, cette frêle relique,
Et, doucement ému par ces tristes retours,
Je lui mis un baiser tendre et mélancolique,
Celui du fiancé qu’elle attendra toujours.


(Hellas)